Paris et Saclay deviennent des places fortes de la recherche quantique

This excerpted from Les Echos

Peu à peu, la France rattrape son retard et constitue en Ile-de-France son propre écosystème quantique, une recette éprouvée depuis déjà quatre ou cinq ans à l’étranger. La région multiplie les appels à projets attirant de plus en plus de start-up étrangères.

A Saclay, comme à Grenoble ou à Paris, les chercheurs et les jeunes pousses du quantique ont le sourire. Huit mois après le lancement du plan national, destiné à faire passer la filière quantique de la recherche à l’industrialisation moyennant 1,8 milliard d’investissement, Frédérique Vidal passe aux travaux pratiques. La ministre de la Recherche a annoncé fin septembre une première enveloppe de 150 millions d’euros dédiée au programme d’équipement géré par le CEA, CNRS, et l’Inria (Institut national de recherche en Informatique et en Automatique).

Les laboratoires de Paris et Saclay seront en première ligne dans le déploiement de ce plan, dont les deux projets phares sont l’ordinateur quantique au silicium et le Très Grand Centre de calcul du CEA de Bruyères-le-Châtel (Essonne) qui hébergera dès 2023, un ordinateur hybride de 100 qubits. « 80 % de la recherche quantique française se déroule entre Paris, Saclay et Grenoble », rappelle Alexandra Dublanche, vice-présidente de la région Ile-de-France chargée du développement économique.

Selon une récente étude de l’Institut Paris Région, la filière francilienne est en pleine ascension : elle compte 112 équipes de recherche, 850 chercheurs publics et 22 start-up, ce qui la place en quatrième position mondiale en matière de création et d’accueil de start-up quantiques, après les Etats-Unis, le Canada et le Royaume-Uni. Tous les ingrédients étaient réunis pour faire de Saclay et Paris des places fortes du quantique. « Les grands groupes ont leur siège en Ile-de-France et leurs laboratoires de recherche à proximité, les écoles sont à Saclay et les compétences en mathématiques, cryptographie, cybersécurité, ultra-froid ou en optique laser y sont reconnues comme excellentes », égrène l’économiste Thierry Petit, auteur de l’étude de l’Institut Paris Région.

Coup de pouce

Fin 2018, la création de Quantonation, unfonds d’amorçage privé, créé par Charles Beigbeder pour soutenir les jeunes entreprises spécialisées dans les technologies quantiques a donné un coup de pouce décisif. D’Alice & Bob en passant par Pasqal ou Quandela, les jeunes pousses gravitent non loin des laboratoires, dont elles sont souvent l’émanation.

La création de cet « écosystème », sur lequel la France affichait jusqu’ici un certain retard vis-à-vis de l’étranger, est couvée avec attention par le Conseil régional d’Ile-de-France, qui a lancé plusieurs appels à manifestation d’intérêt. ​En 2020, la région a mis sur la table un « PAck Quantique » (PAQ) de 3 millions d’euros pour créer des synergies entre les grands groupes industriels (Total Energies, EDF) et les start-up ( Pasqal , Qubit Pharmaceuticals), à travers trois « cas d’usage ».

En novembre, la région votera, par exemple, une aide au projet de processeur quantique développé par C12 Quantum Electronics qui servira à simuler dans le domaine de l’énergie des mécanismes de conversion de l’hydrogène avec l’industriel Air Liquide. « Nous accompagnons le quantique, comme nous avons accompagné précédemment l’essor de l’IA, car nous voyons que nous allons vers une phase d’accélération et d’internationalisation », explique Alexandra Dublanche.

Consortiums

Sur le plateau de Saclay, le pôle de compétitivité Systematic, s’est, lui aussi, doté d’une ambitieuse feuille de route, visant à faire travailler ensemble écoles, entreprises, et laboratoires. « Créer des consortiums permet notamment d’aller chercher des financements », reconnaît Philippe Duluc, directeur de la technologie big data et sécurité d’Atos, l’un des pilotes du « hub » quantique de Systematic.

Reste une incertitude majeure. Si beaucoup prédisent des innovations essentielles dans le domaine de la santé (nouvelles molécules pour les médicaments), de l’énergie (décarbonée), de la logistique, des transports ou pour booster les capacités de l’intelligence artificielle, nul ne sait encore à quelle date cette « grande révolution quantique » interviendra. « Nous ne sommes pas encore arrivés au stade de la production, mais plutôt du prototypage », reconnaît Philippe Duluc.

Pas assez d’utilisateurs pionniers

Atos est en première ligne. Pour accélérer, le dirigeant souhaiterait voir de grands industriels français s’impliquer davantage, à l’instar des pays voisins. En Ile-de-France, les « utilisateurs pionniers », qui permettent aux start-up de tester leurs projets, restent peu nombreux.

Le potentiel francilien intéresse les start-up étrangères. Quatre jeunes pousses sont déjà installées, KETS Quantum Security et PQShield (Royaume-Uni), Multiverse Computing (Espagne) et QCWare (Etats-Unis). Une dizaine de prospects seraient en cours, avec l’appui de Choose Paris Region, l’agence d’attractivité régionale. Selon nos informations, deux entreprises seraient en cours d’installation, la société finlandaise IQM et la néerlandaise Qu & Co.